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Trois pommes

 (un texte de 2001) 

Voilà ce qui m’est arrivée cette semaine.

C’est assez étrange, suffisamment pour que j’aie envie de vous le raconter.

Lundi soir, juste avant de m’endormir, j’ai une vision. Un flash. J’étais en pleine possession de mes moyens, ni alcool, ni drogue. Simplement un peu de fatigue.

La vision : trois couleurs vives, bleu, jaune et rouge, alignées comme sur un drapeau. Devant chaque couleur, une pomme. Chaque pomme n’ayant pas vraiment de couleur définie.

mon rêve

mon rève.

Mardi soir, n’y tenant plus j’écris ce texte.

« 3 couleurs ; bleu, jaune et rouge.

3 couleurs et devant, 3 pommes.

Chaque pomme a le goût de la couleur qu’elle expose. Si vous croquez dedans vous saurez votre destin, vous retrouverez votre enfance, vous saurez qui vous êtes.

Devinez, faites l’effort d’imaginer ce que chaque couleur représente. Pourquoi croquer une pomme vous inspirera une couleur.

Vous n’avez peut-être jamais fait de lien. Faites le. Revivez les goûts, revivez les instants de votre vie. Imaginez. Fermez les yeux. Savourez.

Bleu.

C’est frais. C’est infini. On plonge dedans. On plane. C’est le ciel, c’est la mer. L’air et l’eau.

Sortir de l’eau pour entrer dans l’air. Crier. Remplir ses poumons de cet air. Hurler pour expulser cette brulure. C’est le premier cri, la première dose de cet air, drogue indispensable. Vous ne pourrez plus vous en passer. L’eau ; vivre c’est remplir son corps d’eau, régulièrement, sans même en être conscient. Remplir son corps d’air et d’eau. C’est ça vivre.

Votre première pomme a le parfum de l’enfance. Votre enfance a la clarté de l’air et la fraicheur de l’eau. Vos premiers instants de vie ; l’eau puis l’air. La première inspiration, le premier cri : bleu.

Jaune.

Le soleil. La lumière du jour, les champs de blé. L’été. Les deux mois de vacances de votre enfance. Deux mois qui semblaient infinis. Aussi long que le reste de l’année scolaire. Souvenez vous. Le soleil sur votre peau. Sa chaleur ; la lumière éblouissante. Les blés, comme des vagues blondes poussées par le vent.

Cette pomme. La plus sucrée. Celle que l’on voudrait manger encore ; cette pomme, la deuxième. On à commencé à la croquer un soir de juin, on l’a terminée quinze ans plus tard, un matin de septembre. Parfois, aujourd’hui, une odeur, une saveur, une lumière nous la rappelle ; le sucre frais de sa chair. Instants maintenant fugaces, autrefois éternités. Cette pomme ; soleil et chaleur. Cette pomme : jaune.

Rouge.

Sang, amour. Brulure. Vous avez grandi, vous avez souffert, vous avez aimé. Votre cœur a battu. Fort. Des sensations. Comme une course infinie. Des larmes tièdes sur vos joues. Un enfer ; un enfer qu’on ne veut pas quitter, qu’on veut quitter ; le bonheur. Le malheur. Construction et destruction. Un jour la guerre, un autre, la chaleur d’un baiser. Cette troisième pomme que l’on dévore, parfois écœurante, on la mange longtemps. Celle que vous mangerez entièrement, pépins compris. Sucrée et amère tour à tour. Savourez la, c’est la dernière. Gardez bien chaque morceau dans votre bouche avant de le mâcher. Longtemps. Patientez un peu avant de la croquer à nouveau. C’est la dernière vous dis-je. Cette pomme, rouge sang, chaude comme l’amour, cette pomme, la troisième, la dernière : rouge. »

Jeudi soir, je reçoit un livre dans ma boite aux lettres. Un beau livre sur René Magritte. Je l’avais commandé, je l’attendais. Je le feuillète un peu et je m’arrête sur une reproduction.

« les jeunes amours »

Magritte “les jeunes amours”

R. Magritte : « les jeunes amours »

Voilà. Ma petite histoire est terminée. Je n’en déduit rien, je suis simplement troublé.

François Soulabaille (2001)

three-apples.doc, tres-manzanas.doc

 

 

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