Vous parcourez actuellement les archives de la catégorie nouvelles.
| L | Ma | Me | J | V | S | D |
|---|---|---|---|---|---|---|
| « jan | ||||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 | 31 | ||||
- bétises (5)
- Camille (3)
- clamart (5)
- développement durable (1)
- divers (11)
- gauche (3)
- nouvelles (4)
- politique (11)
- rêve (1)
- synesthésie (1)
- vert (3)
- vie des vêtements (1)
- 18.1.2010: La femme est l'avenir de l'homme.
- 17.9.2009: Laurent
- 16.7.2009: [Facebook] j’ai des amis aussi IRL
- 26.3.2009: un an
- 23.3.2009: Le romantisme ? voilà :
- 20.2.2009: J’aime pas…
- 16.2.2009: Céline
- 2.12.2008: Le Black Friday (Le spectacle continue !)
- 22.11.2008: Martine & Ségolène
- 15.10.2008: Récession <=> inflation ?
Autres eux
autres moi
Archive de la catégorie nouvelles
Le romantisme ? voilà :
23.3.2009 par François S.
En fait voilà ; j’aimerai bien être amoureux de toi mais d’une autre façon que celle à laquelle on pourrait s’attendre.
Si tout se passait selon les règles habituelles, ça serait vraiment très conventionnel. Je suis marié, tu es mariée. Nous aurions une attirance l’un pour l’autre. Je tenterai une approche, tu te laisserais faire ou tu me ferais gentiment comprendre que ce serai peine perdue. Selon le cas nous irions un peu plus loin ou en resterions là.
Si nous allions un peu plus loin, ce serait d’abord en cachette de nos conjoints, de nos collègues, de nos proches. Puis un jour cela deviendrait public ; soit par une petite erreur que nous aurions commise soit que quelqu’un nous aurait surpris à notre insu.
Alors ça deviendrait douloureux, il nous faudrait choisir. Nous ferions de la peine, nous aurions de la peine. Tout serait compliqué à vivre. Ce serait intense et déchirant.
Puis une fois nos destins choisis, tout retomberait comme un soufflé froid. Soit que nous aurions continué à vivre avec nos conjoints, soit que nous aurions décidé de vivre ensemble ; une routine s’installerait à nos dépends : travail, maison, garde des enfants, intendance, gestion, bla bla bla.
Non. Voilà ; Je voudrais être une femme et tomber dingue amoureuse de toi. Devenir lesbienne comme ça, instantanément à ta vue. Etre troublée quand je te croiserais dans un couloir. Frémir quand nous nous ferions la bise le matin en pensant à tenter quelque chose, à tourner légèrement le visage pour que nos lèvres se frôlent, à te toucher l’épaule tout près du cou ou même la taille. Te demander le nom de ton parfum et en acheter un flacon pour en asperger mon oreiller et rêver de toi en m’endormant.
Etre mariée, avoir honte de moi et de mes pensées en regardant mes enfants et l’homme qui ne saurait rien de mon trouble.
Alors j’essaierais de te croiser le plus possible, de créer des occasions d’être ensemble, de te proposer de déjeuner à la même table à midi. De te raccompagner le soir de venir te chercher le matin. J’en deviendrais folle. Tu occuperais toutes mes pensées. Et j’aurais honte, honte, honte, mais je me complairais dans cette honte comme on peut éprouver du plaisir à s’enduire de boue tiède.
Et alors ma vie de femme prendrait un sens.
Et un jour tu saurais. Et tu me fuirais. Et après maintes tentatives de renouer avec toi un infime lien, je t’écrirais une longue lettre d’amour, aboutissement de mon désir charnel, et je m’empoisonnerais comme une adolescente romantique et perdue. Ce serait dramatique et beau comme le film « Casablanca ».
Mais donc voilà ; je suis un homme et je ne t’aime pas d’amour. Des fois, la vie c’est pas très exaltant, moi je trouve. Non ?
Posté dans nouvelles | Imprimer | Aucun commentaire »
La femme de l’homme invisible
19.3.2008 par François S.
À Océane, qu’elle nous revienne vite.
Je suis la femme de l’homme invisible. Ici ils pensent tous que je suis folle, mais je ne suis pas folle, vous savez ! Il existe, c’est mon mari ! On s’aime pour de vrai !
C’est normal que vous ne puissiez pas l’entendre, il ne dit jamais rien. Il préfère que je parle pour lui. C’est mon rôle, ma mission, vous comprenez ?
On s’est connu une après midi de juin, il était assis en terrasse d’un café, il savourait le soleil, son verre vide posé sur la table. Je l’ai tout de suite remarqué. Les autres semblaient ne pas le voir. Je lui ai demandé si je pouvais m’asseoir à côté de lui, il n’a pas refusé. Depuis ce moment on ne s’est plus quittés.
Ça n’a pas toujours été facile. Je dois m’occuper de tout parce que personne à part moi ne peut le voir. Quand il parle, tout le monde croit qu’il s’agit de leur pensée. Moi je sais bien que c’est lui ! Alors il préfère ne rien dire et il me parle quand personne n’est là. Voilà pourquoi je devais tout faire pour nous deux. Les courses comme les démarches administratives. Les courses, ça va. Ce n’est pas un gros mangeur. On peut même dire qu’il picore. Quant aux démarches… C’est toujours compliqué. Il n’a aucun papier d’identité et alors je ne peux rien prouver de notre vie commune. C’est à ces moments là que je suis passé pour une folle. Je ne suis pas folle !
Ma famille ne veut plus nous voir. Ils nous ont fourni ce logement dans la résidence et depuis je n’ai plus aucune nouvelle. Quand j’en demande au personnel, ils refusent de m’en donner et me parlent d’autres personnes dont les noms ne me disent rien. Mon mari n’a pas de famille, de ce côté là pas de souci.
On habite ici depuis presque dix ans. On ne paie pas de loyer, c’est ma famille qui s’en charge. Le personnel est en uniforme. Un bel uniforme blanc, rose ou bleu selon leur activité. On nous fourni aussi des vêtements ; des tuniques et des pyjamas. On n’a pas à se soucier de ça. C’est pareil pour tout. On a la belle vie, plus de soucis, on peut s’aimer sans s’occuper de rien d’autre.
Je suis la femme de l’homme invisible. Je l’aime. Il m’a sortie d’un quotidien insupportablement banal. Il est à moi seule. Personne ne peut me le prendre. On est deux. Je suis forte depuis qu’il est avec moi. Ne me croyez pas, je m’en moque. Vous pensez que je suis folle ? Eh bien oui, je suis folle de lui. Je suis folle amoureuse. L’amour rend aveugle dit-on, à moi, l’amour a rendu la vue. Votre monde est triste. Vous vous aimez entre vous, vos yeux ne voient pas la réalité joyeuse comme moi je la vois.
Sortez ! Sortez d’ici, votre tristesse m’insupporte, laissez moi seule avec lui, j’ai besoin de lui parler, de l’entendre.
Vous êtes là et il se tait.
Sortez.
Laissez-moi.
S’il vous plait.
Je vous en prie…
Posté dans nouvelles | Imprimer | 1 commentaire »
une histoire d’amour
5.3.2008 par François S.
Ces 5 petits mots furent retrouvés dans le tiroir d’une vieille commode, délaissée sur un trottoir de Clamart, pour enlèvement par le service de ramassage des ordures non-ménagères. Avec un peu de patience j’ai pu les replacer dans un ordre logique. Les voici aujourd’hui présentés sous vos yeux.
Lundi
Mademoiselle,
Vous ne me connaissez pas, mais nous nous voyons tous les matins dans l’autobus ligne 189
Je monte à la station “cimetière” et je m’assois systématiquement face à vous. Vous descendez à la station “Corentin Celton”, nous voyageons donc ensemble pendant une bonne vingtaine de minutes. Jamais je n’ai osé vous adresser la parole, ma timidité maladive me l’interdisant. Je crois pouvoir penser qu’il en est de même pour vous car vous détournez systématiquement les yeux lorsque nos regards se croisent. Chaque jour, vous êtes accompagné d’une personne de votre service qui doit être votre supérieure hiérarchique, aussi je ne veux pas vous compromettre et je n’ose m’approcher. Je glisse ce petit mot dans votre sac à main en espérant que vous le lirez avant demain matin, et que nous pourrons enfin oser nous parler.
Signé : l’homme brun légèrement chauve aux yeux marron.
Mardi
Mademoiselle,
Ce matin, lorsque je suis monté dans l’autobus à la station “cimetière” le siège face à vous était occupé par une grosse dame d’environ 75 ans. J’ai vu que vous cherchiez du regard dans l’autobus quel pouvait bien être la personne qui vous avait écrit hier. A mon grand désespoir, trois autres hommes bruns sont montés dans l’autobus avec moi et malheureusement, je n’ai pu parvenir jusqu’à votre place qu’à l’instant où vous descendiez.
J’ai passé une bonne partie de la journée à rédiger ce petit mot et je le glisserai dans votre sac à main ce soir lors du trajet de retour, j’ajoute un petit détail qui vous permettra, sans doute, de m’identifier.
Signé : l’homme brun légèrement chauve aux yeux marron, avec une petite bedaine.
Mercredi
Mademoiselle,
Une fois encore la malchance était avec nous. Ce matin je suis arrivé en retard à l’arrêt d’autobus et je l’ai vu partir sous mes yeux. Vous étiez à son bord, je vous ai vue dévisager les hommes bruns qui venaient d’y monter. Je suis l’homme rougeaud qui à couru 3 minutes après l’autobus au milieu de la rue sans pouvoir le rattraper. Je pense arrêter de fumer dès demain. J’ai eu le temps d’apercevoir un homme brun s’asseoir face à vous. Ce n’était pas moi, je suis plus petit. Je placerai ce mot dans votre sac à main lors du trajet de retour de ce soir.
Signé : l’homme brun légèrement chauve aux yeux marrons, avec une petite bedaine et qui mesure 1 m 52.
Jeudi
Mademoiselle,
Ce matin vous n’étiez pas seule dans l’autobus ; un jeune homme brun était assis face à vous et vous discutiez joyeusement. Sans doute est ce celui qui hier s’assit face à vous. Comment avez vous pu ainsi vous laisser abuser ? Il est plutôt châtain, ses yeux sont verts, son ventre plat et il mesure plus d’1 m 80 !
Mademoiselle, je vous en conjure, quand vous lirez ce mot, vous saurez que cet homme n’est qu’un imposteur. Demain je serai vêtu d’un costume en velours orange, vous ne pourrez pas vous tromper.
Je glisserai ce mot dans votre sac à main sur le trajet de retour ce soir.
Signé : l’homme brun légèrement chauve aux yeux marrons, avec une petite bedaine, qui mesure 1 m 52, en costume ORANGE !
Vendredi
Mademoiselle,
J’ai bien compris que vous n’osiez pas intervenir quand les agents m’ont menotté. L’usurpateur vous fait peur et vous prive de liberté, je le sais bien.
Je glisserai ce mot dans votre sac à main dès ma sortie de prison dans deux mois. Je vous retrouverai, mademoiselle, et notre amour pourra enfin prendre son envol. J’empêcherai cet homme brun de vous approcher. Vous verrez comme vous serez fière de moi lorsque j’expulserai cet odieux individu hors de l’autobus !
Signé : l’homme brun légèrement chauve aux yeux marrons, avec une petite bedaine, qui mesure 1 m 52 et à qui on a rasé le crâne et ôté les lacets.
Posté dans bétises, nouvelles | Imprimer | 2 commentaires »
Le dernier de la liste
26.2.2008 par François S.
Je m’appelle Zvut, Zacharie Zvut. Un nom pas facile à porter. À supporter plutôt. Passe encore que mon nom de famille soit celui d’un pilote estonien de deux épisodes de Tintin, ce personnage est plutôt sympathique. Mais c’est l’humour qui s’y rattache qui est difficile à vivre. Depuis que je suis gamin chaque personne à qui je me présente me rejoue cette petite saynète tirée de la bande dessinée : “soyez poli, monsieur, je ne vous ai pas insulté, moi!” et s’ensuit toujours un éclat de rire satisfait. Je me prête au jeu mais le coeur n’y est pas. J’entrevois le sentiment de supériorité de mes interlocuteurs. Leur certitude que je porte un nom ridicule. Et pas eux. Leur nom ne porte pas à rire. Ce sont des gens sérieux. Alors que quand on s’appelle Zvut, on est forcément quelqu’un dont le sérieux et la sagesse reste à prouver.
Ça c’est encore peu de chose, quelques détails d’une vie pas très originale ni très drôle.
Zacharie ; quelle idée ont bien pu avoir mes parents de me choisir un tel prénom ? Zvut c’est le nom de mes ancêtres, Zacharie, c’est le prénom de mon grand-père. J’aimais mon grand-père, je n’ai jamais pensé à prendre un pseudonyme. Mes copains s’en sont chargés. Ça me fait deux Z pour initiales. Ont ils seulement pensé, papa et maman, aux surnoms dont mes camarades m’affubleraient ? “Zedzed”, celui là est encore assez original à porter, quoiqu’il me fut attribué par l’instituteur, mais “Zéro”, “Zozo”, “Zaza”, “Zazu”, c’est moins flatteur. Surtout vers onze ans, au collège quand on apprend l’anglais et la prononciation du Z ; c’est là qu’est apparu “Zizi”. Et toute la classe de rigoler. Et ça vous suit jusqu’en terminale ce genre de surnom à la con ! Et il y a toujours un nouveau, ou pire, une nouvelle, pour demander s’il y a quelque chose à savoir que eux ignoreraient encore sur ma constitution physique. Sept ans de malheur, de la sixième à la terminale. Et on dit “ouf” parce qu’on a pas redoublé et qu’on a pas eu à supporter une huitième année de “Zizi”.
L’appel en classe. Depuis le début de ma scolarité, toujours le dernier de la liste. Que ce soit par prénom ou par nom de famille, l’ordre alphabétique est impitoyable ; Z reste la dernière lettre de l’alphabet. De temps à autres un prof s’amuse à commencer par une autre lettre que le A, mais c’est presque pire s’il commence par le Z. On ressent alors une compassion que l’on a pas demandée et un sentiment d’infériorité apparait alors, et un sentiment de révolte contre ce sentiment prend le dessus. Et on fait une connerie pour qu’on ne s’apitoie plus sur son sort, et on se prend des heures de colle, et on se fait engueuler en rentrant le soir. Saloperie d’alphabet ! Qui a bien pu décider de lui donner un ordre ? Un sens établi unanimement par tous et pour l’éternité ? Il faut s’appeller Zacharie Zvut, ou plutôt Zizi pour se poser ces questions là. Sinon, l’humanité entière s’en fout. C’est sûr et certain.
Le dernier. Puisque j’étais déjà le dernier par ordre alphabétique, je ne voulais pas cumuler en étant aussi le dernier de la classe. Eh bien c’est perdu ! Je n’étais pas toujours, mais souvent dernier. Ne cherchez pas pourquoi, c’est encore la faute de mon nom. Eh oui ! Imaginez un peu un prof qui corrige les copies ; il en a déjà corrigé une trentaine et la dernière sur laquelle il tombe n’est pas parmi les meilleures. En plus c’est celle de ce fameux « Zizi ». Résultat, une note pitoyable. Et ce, pour chaque matière. Au classement général, ça ne donne pas un truc génial. Et ça démoralise, on se dit qu’on y arivera jamais. Alors on insiste plus, on décroche comme ils disent. La seule chance que j’aie eue, c’est que mes camarades n’étaient pas trop mauvais, alors en étant le dernier de la classe, j’étais tout de même un élève moyen. Mais ça je m’en fous. j’étais dernier et je devais l’annoncer à mes parents chaque fin de trimestre. Du premier au dernier.
Les listes. J’ai eu toute ma vie pour y penser. On vit dans un monde de listes de noms. On ne peut s’en rendre vraiment compte que si celles-ci nous nuisent. La liste des élèves de la classe, la liste des électeurs, la liste des conscrits, la liste des résultats au bachot, la liste des candidats potentiels à un poste. Toujours dernier, vous vous rendez vite compte que cela influe sur les interlocuteurs. Imaginez un employeur, il n’a pas envie de voir chaque candidat qui se présente quand il en a une quarantaine sur sa liste. Souvent il fait son choix parmi les premiers qui se présentent, alors quand on est le dernier de la liste… Parfois on n’est même pas convoqué pour un entretien. Pire encore ; le mailing qui a planté avant la fin. Là vous ne recevez jamais le courrier qu’on vous destinait. Ne riez pas, ça arrive plus fréquemment qu’on ne pense. J’en sais quelque chose.
Un choix de vie. Je me suis dit que j’allais tirer avantage de tout cela, en rajouter pour aller jusqu’au paroxysme. Une sorte de record du dernier. Alors j’ai choisi minutieusement ma rue ; la dernière de la liste alphabétique, le numéro est aussi le dernier, et je suis au dernier étage de l’immeuble. Ça a été facile, l’immeuble est insalubre, le propriétaire était vraiment ravi de trouver un locataire. On était deux à être content ce jour-là. Après j’ai moins rigolé. Les murs suintaient, le robinets fuyaient. La vie y était minable.
Le dernier de la liste. On ne choisit pas ni sa vie, ni sa mort. Hier la bombe a explosé. Elle a rasé la majeure partie de la ville. Il y en a eu d’autres sur le pays. Sur le continent entier peut-être. J’ai l’impression en tout cas qu’il n’y a plus grand monde en vie dans ce pays. Je vis dans une cave avec quelques cafards. Je trouve de quoi manger dans les décombres. Mine de rien je me sens presque bien dans cette solitude. Plus personne pour m’appeler « Zizi ».
Zoé. On s’est rencontrés il y a deux jours. Elle a eu des nouvelles de la planète par une petite équipe de survivants. Il n’y a plus grand monde sur terre. Nous sommes sans doute les derniers. Nous serons les premiers dorénavant. Les premiers de la reconstruction. Si je peux, si on a des gosses un jour, je leur apprendrais l’alphabet à l’envers.
Posté dans nouvelles | Imprimer | 1 commentaire »