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[Camille] 3 - Fred


Fred

Je prends le temps de réfléchir. Voyons voir…Camille n’a qu’une activité en dehors de son travail et ça à lieu dans la commune. Je connais à peu près toutes les personnes qu’elle côtoie dans ce cadre là, je les ai rencontré lors de réunions de fin d’année où de vernissages d’expositions. Non, ça me paraît sûr que ce n’est pas une copine de l’atelier de poterie. Sur son lieu de travail… ça ne colle pas. Comment Fred n’aurait-elle pas remarqué son absence et Camille devait lui téléphoner. On ne téléphone pas à sa collègue si on bosse dans la même PME ! Alors quoi ? Sa famille ? Je les connais tous, depuis le temps, je ne pense pas qu’il lui reste une cousine cachée et si proche d’elle ! Bon, laissons venir…

 

Je me pose une question idiote. Est-ce qu’une femme reçoit sa copine à poil sous un peignoir ? Je lui ai dit que j’étais malade, mais est-ce normal de rester en peignoir pour la recevoir ? Dans le doute je me dis que je vais prendre une douche et enfiler quelques frusques.

 

Flûte ! Je n’avais pas pensé à ça ! J’ai les cheveux longs maintenant, et quand je me suis shampouiné les cheveux j’en ai fait un paquet de nœuds terrible ! Il faudra que je pense à aller chez un coiffeur pour me les faire couper si la situation perdure, parce que je pense que je risque de mettre longtemps à m’y habituer.

 

Détail amusant. J’avais l’habitude de régler le jet de la douchette sur sa puissance maximale, j’aimais bien quand l’eau me cinglait. J’ai du modifier le réglage, j’ai cru que je me découpais les tétons quand les premières gouttes d’eau ont jaillit. Sinon c’est agréable, j’en profite pour me caresser la poitrine, je trouve ça génial. Je cumule deux plaisirs, deux sensations. Je ne traîne pas trop tout de même, Fred risque d’arriver à tout moment.

 

Voilà ! Je sors à peine de la douche, je suis encore en train de m’éponger que l’on sonne à la porte. Je renfile le peignoir, les cheveux encore emmêlés et dégoulinants sur les épaules et je cours lui ouvrir.

 

Une femme assez élégante, des vêtements griffés, des chaussures à talons hauts. Brune, une trentaine d’années, plutôt jolie et bien faite. Ça doit être Fred.

 

- Bonjour ! Entre, je finis de me sécher et je suis à toi.

- Bonjour ma puce ! Eh bien ! Tu as passé tes cheveux au mixeur ? Me dit-elle avec un sourire.

- Ne m’en parles pas, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’ai utilisé le gel douche pour les laver !

- Elle rit et entre dans le salon.

- Ne t’en fais pas pour moi, tu peux rester comme ça. Si tu veux je vais t’aider à les démêler.

Comment lui dire qu’elle me tire une sacrée épine du pied ?

- Ah, ça je veux bien ! Je me disais que j’irais sans doute les faire couper court.

- Les temps changent, il n’y a pas deux semaines, tu me l’as refusé. S’il suffisait d’y faire des nœuds, j’aurai du les faire moi même pendant ton sommeil.

 

Pendant mon sommeil !? Quand ont elles eu l’occasion de dormir ensemble ? Camille ne découche jamais !

 

- J’aurais eu l’air maligne devant Dominique !

- Ah, ça oui ! Mais peut-être que ça t’aurais amenée à lui parler ! Si j’en juge par ton attitude, tu ne lui as encore rien dit malgré ta promesse d’hier ! Ce n’est pas grave, je m’y attendais, tu n’es pas encore vraiment prête…

Tout en me parlant elle m’a pris des mains la serviette de bain que je tenais et elle a entrepris de me sécher les cheveux. C’est très agréable. Prête à quoi ? Qu’est-ce que Camille devait me dire hier ? J’ai à peine le temps de me poser cette question qu’elle me fait une petite bise sur l’oreille et s’éloigne.

 - Je vais chercher une brosse, un peigne et des ciseaux. Je vais te faire belle, ma chérie ! Tu vas être une vraie têtue, tu vas voir !

 Une têtue ? Je suis paumé ! Qu’on me réveille, qu’on me dise que ce n’est qu’un cauchemar !

Et la voilà qui revient, un peigne et des ciseaux à la main. Elle a du voir ma mine défaite, parce qu’elle rit à gorge déployée.

- Ne t’inquiètes pas, ma puce, je ne vais pas te raser la tête tout de même ! Remarque ça serait drôle à voir !

- Eh bien, je me demandais si tu étais sérieuse !

Et à mon tour je ris, soulagée par ses paroles et surtout heureux de comprendre ce qu’est une têtue. Tout ça n’explique pas vraiment qui est Fred, je soupçonne une relation homosexuelle, mais j’hésite encore à le croire. Camille semblait si heureuse quand je lui faisais l’amour. Ça voudrait dire qu’elle simulait ? Est ce qu’on peut être mariée et être lesbienne ? Devait-elle m’annoncer qu’elle me quittait pour vivre avec Fred ?

- Dis moi Camille, ça va mieux ton mal de ventre ? Tu ne me donnes pas l’impression d’être si souffrante que ça…

-Euh, oui, enfin je veux dire, ça passe doucement…

- Mouais.

J’entends le travail des ciseaux dans ma chevelure et je vois de longues mèches soyeuses tomber sur le sol. J’espère qu’elle est coiffeuse au moins, je n’ai pas envie de ressembler à un vieux balai. Elle était belle Camille avec ses cheveux longs, j’adorais passer ma main dans sa chevelure. Et l’odeur de ses cheveux ! Du soleil en brin, une odeur chaude et réconfortante, une douceur intraduisible sous mes doigts…. Si jamais je redeviens Dominique, je les regretterai, si jamais… Mais en attendant je suis Camille et ces cheveux sont plus une gêne qu’autre chose.

 

Il faut que je sache qui est cette Fred, qui semble si proche de ma femme. Peut-être qu’elle saura m’écouter, me comprendre. Avec un peu de chance, à deux nous arriverons à comprendre.

-Fred ?

- Oui ?

- Dis moi, ça fait combien de temps qu’on se connait toutes les deux ?

- Pourquoi cette question ? Je dirais 6 mois environ.

- Parce que je me demandais si nous deux…  Enfin, je voudrais être sûre que…

J’hésite à dessein, si tout se passe bien elle devrait finir ma phrase.

- Je ne comprends pas Cam, que veux-tu me dire. N’hésites pas, je peux tout entendre de toi tu sais !

Il faut se lancer, je vais prendre un risque idiot, mais après tout je ne suis pas vraiment Camille.

- Je voulais savoir si tu m’aimais vraiment, voilà.

-hein ? Si je t’aime ? Mais bien sûr que je t’aime ! Mais toi, pourquoi cette question maintenant ? Tu m’aimes, dis, Camille ?

- Si je t’aime ? Je me posais justement la question à l’instant. Je crois que oui, je crois que je t’aime.

Fred pose ses ciseaux et son peigne. Elle va s’assoir sur le fauteuil du salon. Comme abasourdie. Puis, très doucement elle me demande :

- Alors, pourquoi ne me l’as tu jamais dis ? Tu faisais semblant de ne pas m’aimer ? Tu avais peur de tes sentiments ? Tu avais peur qu’on te rejette ? Tu sais Camille, être homosexuelle, ce n’est pas une tare, surtout si l’amour est là ! À deux on est plus fortes.

 

Bon sang ! Mais je suis le roi des crétins ! Fred n’est pas l’amante de ma femme, c’est une amie homosexuelle à qui elle se refusait ! Maintenant, après ce que je viens de dire… Mais qu’est ce que j’ai fait ! Après deux heures passées dans la peau de ma femme, voilà que je l’ai fait devenir lesbienne !

J’en suis là de mes réflexions, ne sachant plus que faire. Je ne peux plus dire à Fred que je ne l’aime pas, elle ne me croirait plus ou ne comprendrais pas. Pourquoi ne lui ai-je pas simplement dit la vérité, ou même rien du tout ? Me voilà bien embarrassé maintenant, moi qui croyait que ma femme avait une amante ! En fait je n’ai fait que fantasmer, même dans la peau d’une femme, je reste un macho incorrigible….

Il reste un point obscur ; si ce n’étais pas pour m’annoncer son homosexualité, que devais donc m’annoncer Camille hier ?

Le téléphone sonne. Nous nous regardons avec Fred. Je n’ose pas décrocher, j’ai trop peur de découvrir encore autre chose ce matin. Fred me sort de ma torpeur :

- Tu ne décroches pas ? C’est peut-être Dominique qui prend de tes nouvelles…

Dominique… Je l’avais un peu oublié. En effet ça ne peut être que lui. Qui d’autre sinon ?

- Allo…

- Bonjour Camille, vous ne venez pas travailler ce matin ?

Bon sang, j’avais oublié ça !

- heu, je… Je n’étais pas très bien ce matin au réveil, j’ai eu un mal de ventre terrible…

- Vous auriez du nous prévenir ! Vous serez là cet après-midi ? Je ne vous y oblige pas, si vous préférez rester chez vous à vous reposer… Mais essayez d’être là demain, vous savez comme le dossier Vaillant est important, nous avons déjà suffisamment de retard…

-Merci, oui, je crois que je vais rester un peu chez moi, je serai là demain sans faute.

- Alors tant mieux. Vous savez, Camille, si ce n’étais pas vous j’aurais très mal pris que vous ne me préveniez pas !

- Je vous en remercie…vraiment.

- Tiens, j’ai une idée ! Demain midi je vous emmène déjeuner, nous discuterons au calme de ce dossier, voulez-vous ?

- Pourquoi pas ! Oui.

- D’accord, alors soignez-vous bien et à demain, Camille.

Si seulement, je savais qui était ce type au téléphone, bon demain sera un autre jour. Pour le moment Fred est là et elle à quelque chose à m’apprendre : que devait m’annoncer Camille hier ?

- Fred ?

- Oui ?

- ce que je vais te demander est un peu embarrassant, surtout ne t’offusque pas. Je t’expliquerais ensuite s’il le faut…

- Ah ! Eh bien, je t’écoute….

- Peut tu me rappeler ce que je devais dire à Dominique hier ?

- Incroyable ! Tu ne SAIS vraiment pas ?

- Non, je t’ai dis que c’était embarrassant…

 

[Camille] 2 - La journée commence

La journée commence

Je ne vais tout de même pas rester cachée dans les toilettes pendant des heures. Je me relève, tire la chasse d’eau et ressors en me tenant encore un peu le ventre pour donner le change. Lui, il est là, en train de fumer une cigarette devant un bol de café. Je vais m’asseoir en face de lui. Le plus simple sera de lui parler, si c’est un cauchemar que je vis, je m’en rendrai bien vite compte.

- Ça va mieux ?

- Mouais. Enfin, ça va aller.

Je lui pique une cigarette dans son paquet, l’allume et en tire une bouffée. Ça me calme un peu.

- Tu fumes maintenant ? Et dès le réveil ?

- Hein ?

Je viens de réaliser que la vraie Camille ne fumait pas, au contraire elle n’avait de cesse que je ne fume pas. Bon, il va falloir se lancer, tout lui dire avant que je ne sache vraiment plus quoi faire.

- Ecoute Dominique, j’ai une chose importante à te dire.

Je le vois blanchir. Il va me falloir me faire à l’idée que je suis une femme. Quand une femme parle comme ça à son mari, c’est qu’il a fait une énorme connerie à ses yeux. Il faut le rassurer tout de suite.

- Ne t’inquiète pas, tu n’as rien fait ou rien dit de mal. Non, c’est juste qu’il s’est passé quelque chose hier.

Il blanchit encore plus. Bon sang, je ne vais jamais y arriver. Maintenant, il s’imagine que j’ai rencontré un autre homme !

- En fait, ça s’est passé cette nuit, je m’en suis rendu compte ce matin devant le miroir.

Ah, il semble rosir un peu. Il est moins inquiet et plutôt intrigué. Bon, sang de bois ! On a fait l’amour cette nuit ! Mais qu’est-ce qu’il va imaginer maintenant ? Mais c’est terrible que des mots si simples puissent être chargés de double sens selon que ce soit un homme ou une femme qui les prononcent !

- Hier soir, quand je me suis endormie, j’étais un homme, j’étais Dominique. Ce matin, je suis Camille.

Là, il me regarde sans aucune expression sur le visage. Il va falloir que je répète ou que j’explique. Je crois que je viens de lui griller 10000 synapses d’un coup.

- Ce matin, je me suis vue dans le miroir, et alors que je sais que je suis un homme, en l’occurrence Dominique époux de Camille, j’ai vu Camille dans le miroir. Et quand je t’ai vu dans le lit, j’ai compris que j’étais le seul à avoir changé de sexe. Ou plutôt que je me suis dédoublé, une partie est restée moi, c’est toi et l’autre est devenue Camille, moi. Le vrai problème c’est de savoir ce qu’est devenue Camille…

Il est vert. Il ne comprend rien.

- Je ne peux pas être plus claire. Je suis Dominique dans la peau de Camille.

- Mais tu es Camille ! Je ne comprends rien à ce que tu me dis ! Si c’est un jeu ce n’est pas drôle, et si tu veux bien, on en rediscutera plus tard, là il va falloir se magner si on ne veut pas être en retard au boulot.

Et il me laisse plantée là et court vers la salle de bain. Je suis si con que ça d’habitude ?

 

Bon, il n’a rien compris, j’aurais dû m’en douter. C’est un homme, il me voit comme une femme et forcément ce que je dis clairement lui paraît obscur, simplement parce qu’il s’attend à ne pas comprendre. Si j’avais été un copain ou un frère ça ne se serait pas passé de la même manière. Il m’aurait écouté patiemment, aurait posé quelques questions, tout d’abord il n’aurait pas voulu me croire puis il aurait fait quelques efforts et aurait peut-être accepté de me croire. Dans le fond, ça n’a rien de bien révoltant, c’est une sorte de cran de sûreté que les hommes possèdent. Le cerveau prend une conformation spéciale, du genre « attention, c’est une femme qui parle » et il ne s’attend qu’a entendre des reproches ou une demande d’attention particulière, si ce n’est pas le cas, il cherche le sens caché de ce que la femme lui dit et s’il ne le trouve pas, il abandonne le dialogue. Dans le cas présent, je sais très bien ce que Dominique veut ; il ne souhaite surtout pas que je lui prenne la tête dès le matin, et ce sera inutile d’en reparler ce soir, il sera dans le même état d’esprit. C’est perdu d’avance avec lui. Je crois me souvenir qu’en cinq ans de vie commune je n’ai écouté Camille qu’une fois ou deux, et je ne me souviens même plus de quoi il s’agissait.

 

Je ne vais pas l’ennuyer avec ça, je vais trouver un autre moyen de comprendre. Mais lequel ? C’est l’heure d’aller bosser et je ne me vois pas remplacer Camille dans sa boite. Tout d’abord, j’ai d’autres chats à fouetter et puis je ne suis pas secrétaire, je suis informaticien, et surtout je ne connais personne dans son entreprise. Je ne sais même pas pourquoi je me dis cela ; la seule chose qui compte c’est de retourner dans ma peau et de savoir ce qu’est devenue la vraie Camille. Au moins pour ce qui est du mode de fonctionnement je n’ai pas changé, c’est toujours aussi incohérent.

Dominique redescend de notre chambre, lavé, rasé, habillé, prêt à aller bosser. Je connais d’avance la scène ; enfilage de chaussure, récupération des clefs et de la petite sacoche avec les quelques papiers et la revue de la semaine à lire dans le métro, rapide bisou et un « à ce soir » lancé en hâte. En fait, il s’ennuie avec moi le matin. Je le sais bien, puisque lui, c’est moi.

 

Et ça ne rate pas, tout se déroule comme prévu, il a simplement ajouté un « Et toi ? Tu ne te prépares pas ? Tu vas être en retard ! » auquel il n’était pas besoin de répondre, de toute façon, je sais bien qu’il s’en fout. J’ai tout de même balbutié un « Ne t’en fais pas… » de circonstance en refermant la porte derrière lui. Et puis je me suis rassise et me suis servi un café bien fort. Et je lui ai ouvert un paquet de clopes. Trop besoin.

 

J’ai passé une bonne heure comme ça à chercher une solution. Rien trouvé. Et puis le téléphone a sonné.

- Allo ?

- Allo, Camille ?

- Oui. Bonjour…

- C’est Fred, qu’est-ce que tu fais chez toi ? J’ai appelé à ton bureau, on m’a dit qu’on ne t’avait pas vue encore !

[Camille] 1- Le miroir

Le miroir

Difficile de le croire. Pourquoi je vois Camille dans le miroir ? Et moi, où suis-je ? J’ai l’impression de regarder une vidéo érotique. Je suis à poil devant ma glace et au lieu de me voir, au lieu de voir un type mal rasé et légèrement dégarni, je vois ma femme, nue, qui me regarde, surprise, et imite instantanément chacun de mes mouvements. Je baisse les yeux vers mon torse. Pas de poils, une poitrine assez bien faite, légèrement tombante certes, mais appétissante. Un ventre plat, un pubis rasé et évidemment pas de pénis, mais bien une vulve. Pas de doute, c’est bien mon image dans le miroir.

 

Je relève les yeux vers le miroir. Que m’est-il arrivé ? J’éclate de rire. Je viens d’avoir une pensée saugrenue ; qu’est-ce que je vais faire quand j’aurais mes règles ? Je n’ai jamais mis de tampon, moi ! Comment fait-on ? Je reprends vite mon sérieux. Une idée me traverse l’esprit. Je file vers la chambre et allume le plafonnier. Un mec. Il y a un mec dans mon lit. Il se réveille en sursaut, s’assoit dans le lit et me regarde : « t’es dingue Camille ! Qu’est-ce qu’il te prend ? Je me lève que dans une heure moi ! Tu pourrais me laisser ronfler encore un peu ! ». J’éteins, je sors sans rien dire. Le mec dans le lit c’était moi, c’était celui que j’aurais dû voir dans le miroir et maintenant je sais, je suis vraiment Camille, ma femme. Je redescends dans la salle à manger, je m’assois sur une chaise, les deux coudes sur la table et maintenant, j’essaie de comprendre. Si possible, rester calme, ne pas angoisser, ça doit être simple et logique. Ce n’est peut-être qu’un rêve. Laissons nous porter, ça fera des souvenirs au réveil.

 

Je n’ai pas le temps de vraiment réfléchir. Dominique est descendu. Enfin, disons l’ancien Dominique, pour être exact. Parce que c’est un autre moi-même, qui est venu me rejoindre. Il a enfilé un peignoir et semble intrigué. Je me dis que c’est dommage qu’il ait mis son peignoir. J’aurais bien aimé me voir déambuler à poil, pour me rendre compte, pour m’observer un peu.

- Ça ne va pas ? Il y a quelque chose qui ne va pas ?

- Hein ? Non, non, rien. C’est juste que j’ai mal au ventre, un peu.

 Je me marre intérieurement. Tiens attrape ça bonhomme. À ton tour de ne rien comprendre aux femmes ! Il a l’air désemparé.

- Tu veux que je te prépare une tisane ? Tu devrais mettre un peignoir, tu vas attraper froid. Si ça se trouve, c’est même pour ça que tu as mal au ventre !

 

Je ne réponds rien. C’est amusant de le voir réagir. Rien que pour cet instant, ça valait le coup d’être une gonzesse ! Qu’est-ce qu’il a l’air penaud !

 

Et puis je réalise quelque chose soudainement ; Lui ne semble pas troublé d’être un homme, on dirait même qu’il l’a toujours été. Il m’a appelée Camille tout à l’heure, donc il n’a aucun doute. Je serais donc le seul, dois-je dire la seule ? À savoir qu’hier j’étais un homme avant de me réveiller ce matin ? Est-ce que je rêve ? Que quelqu’un m’explique. Par pitié !

 

Il revient avec un bol d’eau chaude et quelques sachets d’infusion. Je n’ai jamais compris comment on pouvait boire ces trucs là, j’ai toujours préféré le café bien fort. Il n’a qu’à me rapporter des biscottes et du beurre allégé pendant qu’il y est !

- je vais te chercher ton peignoir. Tu as la chair de poule !

Pendant qu’il file dans l’escalier, je rigole d’avance. Je ne vois pas comment il pourrait le retrouver alors que je n’ai jamais été fichu de le faire. A tous les coups il va me demander « Dis-moi, où l’as-tu rangé ? » À chaque fois Camille me répondait « A sa place ! ».

Ça ne loupe pas.

- Dis-moi, où l’as-tu rangé ?

-À sa place !

Et je trempe un sachet de thé noir dans le bol d’eau chaude. Je savoure cet instant. Ce n’est pas bien long, il a fini par le trouver ce fichu peignoir. Il s’approche et me le passe sur les épaules. Il en profite pour m’embrasser affectueusement derrière l’oreille. Merde ! Je ne m’y attendais pas ! Je sens un dégoût m’envahir. Il va falloir que j’assume ça maintenant. À ses yeux, je suis une femme. Sa femme. Mais moi je ne vois qu’un type qui me ressemble. En fait, je me vois moi-même, je sais par cœur ce qu’il est puisque c’est moi. Il va me poser les mains sur les épaules, se pencher à nouveau pour m’embrasser dans le cou cette fois. Il bandera légèrement, ma peau le fait toujours bander quand il l’effleure de ses lèvres. Éventuellement il va s’aventurer un peu plus, me caresser le visage, tenter un baiser, puis une caresse plus précise. Puis…

 

Il pose ses mains sur mes épaules. Je me lève immédiatement, comme si j’avais ressenti une brûlure terrible.

- Excuse moi, j’ai mal au ventre, je vais aux toilettes.

 Ça m’a toujours fait débander quand Camille me disait ça. Puisque je suis Camille et qu’il est Dominique, je n’ai qu’à m’en servir maintenant ! Assise sur la cuvette, je ris en silence. Il n’est pas près de me sauter. Je n’arrive pas à m’imaginer dans un lit avec lui. La situation devient sérieuse, je commence à comprendre que ce n’est pas un rêve. Que je suis en pleine réalité ! Ce matin, je me suis réveillé et j’étais devenu ma femme. Mais il reste une chose que je ne comprends pas. Dominique n’est pas troublé, lui. Nous n’avons donc pas échangé nos rôles, il est donc possible que je me sois dédoublé ? Mais alors, qu’est devenue la vraie Camille ?

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